COMICE AGRICOLE TRAMOLÉ
Août 1993
Article pour le journal du Comice
TRAMOLÉ : promenade dans le temps
Amis du Comice agricole qui venez animer notre fête, soyez les bienvenus !
TRAMOLÉ vous accueille avec joie et souhaite en quelques lignes se présenter en vous contant son histoire.
Au 14eme siècle, il vous en souvient, le DAUPHINE est à peine rattaché à la FRANCE
-1349- TRAMOLÉ excitait, limitée à un prieuré , sans moine, et s’appelait TRAMOLLIA .
Pourquoi ce nom ? Il semble qu'il dérivait d'une variété de peupliers appelée POPULUS TREMULA .
Il s'agit du peuplier tremble, bien connu de nos jours.
TRAMOLLIA donna au cours des siècles TREMULA puis TRAMOLEE, puis au 18eme siècle TRAMOULAY ; qui était le nom que nos pères employait en patois pour aboutir à TRAMOLE d’aujourd’hui .
TRAMULA laisse donc supposer qu'il y avait beaucoup de peupliers trembles dans les lieux humides , par exemple dans la vallée de l' AGNY.
Au 16eme et 17eme siècle , TRAMOLÉ est composée d'une vingtaine de maisons dont l'une appartenait au Sieur de SAVEL D'ARZAC . Celui-ci peu à peu , acquit tous les fonds et possédait
« quatre fort spacieux grangeages de huit cents escus de revenus annuels »
Au 17eme et 18eme siècle , on reparle du prieuré commendataire qui n'est point servi, donc toujours sans moine, mais avec un curé. Il s'agit de l'ancienne cure actuelle.
Ce terroir de TRAMOLÉ , nous dit-on , est déjà très fertile en « Bled » au sens de terres incultes et les habitants y sont fort pauvres.
Déjà le patron de ce terroir est saint Maurice.
L'écrivain ,Henri BERAUD, dans un de ses romans historiques, « le bois du templier perdu » dont l'action se déroule dans les bois de Bonnevaux , lors de la persécution des Templiers,
raconte que l'on vit descendre à TRAMOLÉ , pays rude et pauvre, des hommes armés de fourches et de pics...
C'était au 13eme ou au 14eme siècle.
Depuis les gens et les choses ont bien changé.
Aujourd'hui , TRAMOLÉ est un village calme et paisible. Les terres ont été mises en valeur par nos aïeux et l'agriculture y est prospère. TRAMOLÉ fait partie d'un groupe de communes assez
semblables qui couvrent des collines s'étageant entre 400 et 600 mètres d'altitude.
Pas de commerce, pas d'industrie, pas de tourisme, pas de pollution. Des chemins à promenades, des sous-bois agréables, la rivière l 'AGNY , de superbes panoramas. Voila ce que TRAMOLE offre à
ses habitants et à ses visiteurs.
C'est donc l'agriculture qui constitue la principale activité avec , comme ailleurs, très peu d'agriculteurs.L'élevage bovin et la production laitière y ont la plus grande part.
Il y a à peine 30 ans , 50 agriculteurs entretenaient des vaches laitières et livraient du lait. Aujourd'hui , 3 exploitations modernisées livrent plus de lait que les 50 d'antan !!!
Concentration du bétail entre des éleveurs hautement qualifiés, sélection rigoureuse , insémination artificielle , prairies améliorées, nourritures mieux étudiées etc... expliquent ce phénomène
de concentration.
Passage de l'économie de subsistance à la nécessaire production intensive pour survivre. C'est l'impératif des temps modernes. Rien d'original...C'est à TRAMOLÉ comme ailleurs.
Les anciens se souviennent des rendements d'autrefois : 1500à 1600 litres de lait par lactation ; 15 à 20 quintaux de blé à l'hectare.
Aujourd'hui : 5 à 6000 litres de lait et 50 quintaux de blé !
Peu à peu ,le maïs, le colza, le tournesol se substituent au blé. Telle est l'évolution foudroyante de l'agriculture qui a entraîné le bouleversement de la vie au village.
Le tracteur a chassé le cheval.
Fini le clair tintement du marteau sur l'enclume qui indiquait, dès l'aurore , que le maréchal ferrait des chevaux ou appointait des socs de charrue. Disparue l'odeur caractéristique de la corne
des sabots des chevaux , brûlée par l'ajustement des fers.
Finis les chars à bancs qui dévalaient nos routes pentues , surtout le jeudi , jour de marché à BOURGOIN.
C'était ce jour là un vrai défilé.
De bon matin , on descendait au grand trot des chevaux. Il en arrivait de partout, de Saint-Anne, du Roland, du Buisson ,du Rozier ,du Plan ,du Morlionais et d'ailleurs, des chars à bancs chargés
des produits de la ferme que l'on portait au marché : veaux, volailles et autres denrées.La charrette du coquetier se reconnaissait de loin . Elle penchait fort à droite car il était pesant
et roulait chaque jour pour la collecte des œufs et volailles qu'il vendait à BOURGOIN
Si la descente du jeudi était allègre et rapide, le retour était plus laborieux. D'abord ça monte !
Ensuite la fatigue. On est parti le matin. La chaleur. Souvent ,les rencontres sur le foirail avaient raison des plus solides;sauf si la patronne était du voyage, en ce cas...on remontait plus
tôt !
Parfois les chevaux reconnaissaient mieux que leur patron le chemin de l'écurie !
Le jour de marché était un moment de détente, de contacts.
La camionnette , aujourd'hui, a eu raison du char à bancs d'hier. Nécessité oblige.Dommage disent les anciens ; le folklore évolue comme le monde.
Jusqu'à l'apparition du tracteur, la vie à la ferme s'établissait autour des chevaux. Rien ne pouvait se concevoir sans eux. Ni déplacements, ni charrois, ni labours.
Il fallait voir aussi le soin dont on les entourait ; Le meilleur foin de la grange leur était réservé.
Pour eux ,on semait l'avoine. Au réveil,avant même de traire les vaches, on les pansait. On aurait eu honte d'atteler un cheval non étrillé, ni brossé.
On peut dire que la disparition du cheval, au cours du 20eme siècle, fut le phénomène qui traduisit le mieux l'évolution de notre époque.
Il y a quelque nostalgie ,pour ceux qui ont vécu du temps des chevaux, à évoquer les travaux de la ferme exécutés à leur cadence . Les foins, les moissons , les semailles, la famille tout entière
y participait.
Même les vendanges ! Car il y avait de la vigne à TRAMOLÉ. Il en reste aujourd'hui quelques arpents amoureusement cultivés par des spécialistes chevronnés qui apprécient leur vin sans même
l'espoir de le voir classer parmi les crus de renom ou d'être admis au marché des vins de TRAMOLÉ.
Au temps des moissons les champs de blé donnaient à nos régions un caractère somptueux car on cultivait une variété sélectionnée à la COTE ST ANDRE, appelée « mottin rouge » . La paille
et l'épi étaient d'un rouge cuivré qui resplendissait au soleil. C'était très beau, d'autant que les coquelicots et bleuets ponctuaient le décor qui faisait penser à l'Angélus de Millet.
C'est un curé : l'Abbé RIBAUD qui sélectionnait les blés et parcourait les villages pour les vulgariser. Aujourd’hui d'autre variétés sont bien plus prolifiques.
Il fallait beaucoup de personnel pour la moisson . Tout le monde y allait : hommes, femmes, enfants en vacances, voisins, on liait les gerbes qui tombaient des lourdes faux. On les
regroupait en petits paillers contre la pluie. Au moment des battages , on amenait les gerbes à la ferme pour les faire dévorer par la batteuse qui libérait le grain et recrachait la paille.
Battre le blé était toujours un événement . Il fallait 20 à 25 hommes pour servir cette puissante machine itinérante. C'était un vrai rassemblement pour le village. Le travail était pénible ,
d'autant que la chaleur du mois d’août est souvent accablante.
Malgré la fatigue, ces rassemblements s'achevaient le soir à la fraîche par un dîner confortable où les maîtresses de maison rivalisaient de talents culinaires . On parlait , on riait , on
chantait, on buvait dans cette odeur de paille, de « poussié » de chevaux .
La moissonneuse-batteuse a balayé tout cela. D'ailleurs aujourd'hui , on ne trouverai plus assez de monde pour assurer moissons et battages.Les moissonneuses-batteuses sont arrivées chez nous
après la guerre.
Pour déplacer la batteuse ,il fallait 4 à 6 chevaux, parfois plus si les chemins étaient pentus. Quel spectacle ! Quelle vitalité dans ce mouvement . Là encore, les chevaux jouent un rôle
essentiel , on aurait dit qu'ils le comprenaient. Attelés par deux , ces chevaux piaffaient comme des purs sangs.Leurs propriétaires n'en étaient pas peu fiers . Au commandement, les appels
gutturaux et virils s'élevaient, les fouets claquaient . Les chevaux ensemble comme un seul, cambraient les reins , s’arque boutaient et semblaient arracher la batteuse qui à son tour bondissait
sous la brusque traction ;
On l’emmenait dans la ferme voisine. Elle reviendrait « l'an que vint »
Questionnez les anciens ils ont toujours des histoires de batteuse à raconter.
Chez nous comme ailleurs, certaines personnalités marquent une époque. Les unes parce qu'elles font figure de « sages » dont les conseils sont recherchés ; d'autre parce qu'elles
ont une spécialité, une réputation, une aura .
Retenons en deux pour terminer ce récit : le Curé et l'instituteur.
Le Chanoine GUICHARD présentait l'originalité d'être resté 58 ans curé de TRAMOLÉ. Sa fidélité lui à valu son « camail » de chanoine(petit vêtement court sur les épaules )
Il faisait lui-même son vin de messe.Il entretenait quelques plants de vigne dans son jardin qui, à cette époque, s'étendait devant la cure.
Mort en 1941 , il était donc venu chez nous en 1883. Vous voyez le nombre de Tramoléens qu'il a baptisé, mariés, confessés, enterrés et qui l'ont accueillis au Paradis.
Très réservé, même timide et discret, il était respecté de tous.Sans en avoir l'air, il avait une influence très profonde qu elles que soient les opinions de chacun. Il tutoyait tout le
monde.
Il avait enseigné le catéchisme à quasiment tout le village. Dans une langue simple et rustique, il exprimait la crainte de Dieu et le peur de l'enfer. Il en était si pénétré qu'il devint
scrupuleux à l’extrême . Ses ouailles en étaient parfois tout chamboulés . Sa fidèle servante Philomène, que l'hygiène ne tracassait que très peu, était un personnage truculent, amusant et de bon
sens : « que le Bon Dieu a donné de génie à l'homme » disait-elle à l'apparition des premières bicyclettes.
L'instituteur, Monsieur BERGER , était l'instituteur type 3eme république (avant la guerre de 40).
Laïc certes, mais jamais agressif, il eut avec notre curé des relations correctes et distantes. Ils s’estimaient réciproquement.
Sa classe , ses élèves étaient tout pour lui, sacrés. Il était un enseignant, un formateur d'hommes. Il ne tolérait aucun désordre dans sa classe, les fautes d'orthographe et les erreurs de
calcul le faisait frémir. Il conduisait avec succès et fierté ses élèves chaque année au certificat d'études.
Il a profondément marqué les générations qui lui furent confiées. Il jouissait d'une forte réputation, réglait amiablement bien des conflits, expertisait et jaugeait d'un coup d’œil la surface
d'un terrain et connaissait chaque espèce de champignons.
Petit, râblé, toujours actif, il éprouvait une passion pour les boules et les boules le lui rendaient bien. Il organisait rencontres et concours dans des conditions extrêmement difficiles ,
souvent inconfortables. Mais on jouait quand même !
Sur les chemins caillouteux de l'époque, partout où il avait un replat , on lançait quelques fagots qui délimitaient le jeu et arrêtaient les boules. Tant pis pour les grattons et les devers qui
les déviaient.
On jouait même le dimanche et tant pis pour les chars à bancs qui voulaient passer . De bonne grâce. , ils attendaient. Quant aux autos, il y en avait si peu. Elles allaient plus vite, elles
avaient donc bien loisir d'attendre.
On prenait le temps de vivre à cette époque.
Amis du comice, pardonnez ce bavardage. Se complaire dans le passé n’empêche pas un ancien de se réjouir du présent , tout en se promenant dans le temps.
Un de TRAMOLÉ
J. CHARVET
août 1993